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samedi 26 novembre 2022
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Engrais : Comment la guerre en Ukraine plombe l’agriculture ?

Les fertilisants ukrainiens pourraient ne plus être accessibles.

L’avantage géographique du port d’Odessa en Europe de l’Est permet à l’Ukraine d’être un carrefour indispensable pour les fertilisants destinés aux cultures. Le blé, le maïs et l’orge ne sont donc pas les seuls atouts de l’Ukraine.

La plate-forme portuaire de cette région de l’ex-Union soviétique est une voie importante pour les exportations d’engrais, outre le blé, le maïs et l’orge ukrainiens. Il s’agit de compost pour renforcer la production de n’importe quelle plantation, pour répondre au besoin alimentaire mondial tel que celui du riz, ou en citant par exemple le cas du Sénégal pour les arachides, ou encore celui de l’Argentine pour le soja.

« Le port d’Odessa étant une plaque tournante très avantageuse, est un carrefour majeur en mer noire pour les Ukrainiens. Une mainmise sur ce port dévoilera une action voulue par les russes pour des intérêts financiers très importants. »

Même le Brésil et l’Union européenne, des producteurs importants de maïs, ne seraient pas en mesure de se priver des fertilisants minéraux russes et Ukrainiens. Les vastes réserves de gaz russes et ukrainiens ont fait de ceux-ci des leaders en exportation d’engrais indispensables à l’agriculture moderne, très axée sur l’apport de  minéraux et de composés comme l’urée et le DAP (Di-Ammonique Phosphate).

Le Sénégal  utilise plus de 120 000 tonnes de fertilisants variés, dont l’urée, le DAP et le NPK, pour répondre aux exigences des campagnes agricoles dans les dispositions préférables possibles avec une pluviométrie suffisante naturellement. Cependant, la conquête russe en Ukraine n’a pas épargné une hausse des prix, en plus des pénuries d’approvisionnement depuis l’épidémie de Covid 19. Les prix de l’urée et du DAP avaient déjà doublé en 2021. Cette année, ils n’ont fait que triplé.

Le prix de l’urée est actuellement de 777 euros la tonne (livraison en mars) et le prix du DAP est de 895 euros la tonne. Et en prime, les répressions économiques imposées à la Russie et à la Biélorussie abstiennent le monde agricole de quantités importantes de fertilisants, faisant craindre un impact sérieux.

« La Russie détient 20% du commerce des engrais intermédiaires (ammoniac,  phosphate, soufre) et 18 % du commerce des engrais finis. 2022 au Sénégal annonce une flambée des prix pour sa prochaine campagne. L’industrie chimique sénégalaise a peut-être été le véhicule de choix pour l’autosuffisance en phosphates locaux pour atteindre notre objectif de maintenir le rythme de la production agricole. Mais, l’ancienne gloire régionale de l’industrie lourde a des difficultés à revenir dans sa prestigieuse position.

« Le Sénégal dans la tourmente du manque d’engrais, est en quête de solution. »

L’espoir affiché par le Plan Sénégal Emergent pour une révision de la structure économique se trouve entravé par les industries chimiques du Sénégal (ICS) qui poursuivent leurs extractions de phosphate, et le transforment en produits semi-finis pour les agriculteurs indiens, bien que le besoin local d’engrais n’est toujours pas satisfait.

La fourniture des ressources agricoles est affectée par le changement des apports financiers du Ministère de l’agriculture et de l’équipement rural (MAER) et, évidemment, par les fluctuations du prix du marché mondial des engrais, qui a été fortement affecté par le conflit russo-ukrainien. Avec les prix actuels des engrais, on pourrait correctement évaluer le ravitaillement des ressources du Sénégal avec cette situation à environ 120 milliards de francs CFA dans la campagne en cours.

Lire aussi : 70 milliards de Fcfa alloués au financement de la campagne agricole 2022/2023

Les grands efforts voulus par le gouvernement sénégalais pour relancer les industries chimiques du Sénégal (ICS) mettent sur la table le problème de la dénationalisation industrielle de secteurs phares tels que le secteur primaire. N’est-ce pas le cas de la société agroalimentaire SONACOS pour la production de l’huile raffinée par la trituration de résidus de graine, d’autant plus qu’il y a une hausse des prix de ce produit dans le monde ?

Une solution franche pour faciliter la vie des consommateurs sénégalais est de revoir à la hausse la somme prévue pour la prochaine campagne agricole qui est de 70 milliards, une somme qui est très loin des 700 milliards alloués pour le Train Express Régional (TER), et des 200 milliards pour des stades. Cette campagne 2022 inquiète, vue les contraintes du nouvel ordre alimentaire imposées par la géopolitique mondiale.

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